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Devenir monteur et chef monteur : un expert du montage nous dit tout

Devenir monteur et chef monteur : un expert du montage nous dit tout

Chef monteur : la formation, les compétences et le salaire par Julien Schickel, intervenant à GOBELINS

La réussite d’un film, d’un documentaire ou même d’un clip n’est pas seulement le fruit de l’imagination ou de la réflexion d’un réalisateur brillant. Elle repose également sur l’étroite collaboration d’une équipe de professionnels de l’image et du son, chacun expert dans un domaine très spécifique. Aux commandes de l’assemblage des prises, on retrouve le chef monteur, garant de la qualité technique et de l’intelligibilité du film sur lequel il travaille. Soutien indéfectible du réalisateur, le monteur est celui qui traduira une idée forte et donnera du sens aux images. 

Julien Schickel, intervenant à GOBELINS et chef monteur de profession, revient sur son parcours et nous présente un métier où aucun projet ne se ressemble.

 

 

 

Bonjour Julien et merci de nous accorder un peu de ton temps. Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

 

Je m’appelle Julien Schickel. J’exerce le métier de monteur vidéo depuis 15 ans et je suis aujourd’hui chef monteur image.

A l’origine, je viens du monde de la musique. J’ai bifurqué vers l’univers du cinéma par envie car le montage me parlait davantage.

Je suis passé par une petite école de cinéma qui proposait un cursus dans le montage, puis j’ai commencé ma carrière en travaillant sur des courts métrages et des clips (No Life d’Orelsan, Pardon Madjid des Ogres de Barback...) pour de petites sociétés de production en tant qu’intermittent.

Rapidement, j’ai travaillé pour France TV sur du reportage avant de monter des documentaires dont le premier a été diffusé par Arte. J’y ai rencontré des techniciens et des réalisateurs avec qui j’ai tissé des liens et qui m’ont rappelé par la suite.

Au bout d’un an de projets, mon activité a commencé à bien se développer. Depuis, j’ai beaucoup travaillé pour Arte, France 5, France O ou LCP qui sont les principaux diffuseurs de documentaires et reportages en France. Ces productions sont d’ailleurs devenues ma “spécialité”.

Voici quelques-unes de mes réalisations préférées en documentaire : 

 

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En parallèle, j’ai continué à monter quelques fictions pour le cinéma, majoritairement des courts-métrages destinés aux salles obscures et aux festivals : Journal d'un Frigo (Réal : Joséphine Derobe), Traverser (Réal : Vincent Cappello), Viré (Réal : Hugo Rousselin)...
 
 
Le montage est un milieu très sympa mais qui nécessite de se faire son propre réseau.
Au démarrage, il faut donc travailler beaucoup, rencontrer des gens,
faire appel à ses collègues de promotion,
pour pouvoir choisir ensuite les productions qui nous plaisent.
 
 
Ce métier permet de rencontrer beaucoup de personnes très différentes : des producteurs, des acteurs, des réalisateurs avec lesquels on part dans de véritables aventures de plusieurs mois.

 

Qu’est-ce qu’un monteur vidéo pour toi ?

 

Concrètement, le montage d’un projet se déroule en trois temps majeurs.

Le premier temps consiste à déposer ce qui a été enregistré sur ordinateur et à faire la synchronisation son/image. Généralement, ce sont les assistants monteurs qui se chargent de cette partie. Les monteurs commencent d’ailleurs fréquemment leur carrière comme assistant.

Le second temps est celui de l’assemblage. C’est à ce moment que l’on collabore le plus avec le réalisateur avec qui on détermine ce que l’on peut garder ou non, ce vers quoi on souhaite aller. 

Le troisième et dernier temps est celui de l’affinage. On améliore les images grâce à des zooms, des titres ou des trucages pour obtenir une production de qualité.
 

Pour moi, un bon film est un film compréhensible, beau,
rythmé (et donc pas ennuyeux) et qui a du sens.

Il faut garder en tête que le rapport entre la durée des rushes et la durée de la production finale peut varier de 1 à 200, c’est à dire que l’on se retrouve avec 1000h de rushes pour un film d’1h30 par exemple ! 

Le monteur doit alors composer avec une quantité colossale de prises différentes qui, parfois, peuvent sembler avoir un certain sens et veulent au final dire complètement autre chose.

Finalement, le plus chronophage dans ce métier, c’est de regarder avec attention l’intégralité de ce qui a été filmé pour en tirer la quintessence.

Une fois le film monté, il passera entre les mains des mixeurs pour le son, des étalonneurs pour l’image et des truqueurs si nécessaire.

Ce n’est qu’après toutes ces étapes qu’une production pourra être diffusée.

 

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Quelles sont les compétences nécessaires pour être monteur vidéo ?

 

D’un point de vue technique tout d’abord, il faut d’excellentes connaissances des différents logiciels de montage.

Actuellement, on en compte deux principaux : Avid Media Composer et Adobe Premiere Pro. Les maîtriser est un minimum pour pouvoir monter (très) vite. 

Il faut également maîtriser la théorie de la vidéo, le signal et les codecs afin que le film ne soit pas flou ou pixellisé au moment de sa diffusion à la télévision ou au cinéma.

L’objectif est de répondre aux exigences du producteur qui nous a engagé et a investi pour le film. Il attend du monteur une totale préservation des rushes et une oeuvre suffisamment aboutie techniquement pour pouvoir être diffusée.

D’un point de vue artistique, le monteur est celui qui possède un oeil “frais”, qui est capable d’extraire ce qui est intéressant dans ce qui a été tourné et de savoir ce qui va fonctionner à l’assemblage.

Cette qualité artistique demande plusieurs qualités personnelles comme l’humilité ainsi qu’une certaine naïveté et surtout une excellente capacité de mémorisation ! 

 

En général, le montage d’un film dure trois mois.
Durant ces trois mois, le monteur doit se souvenir de tout ce qui a été tourné, 
même s’il doit travailler avec 200 heures de rushes.

 

Enfin, un monteur doit pouvoir travailler en équipe et principalement avec le réalisateur.

Le rôle du monteur, c’est aussi d’aider psychologiquement le réalisateur à accoucher de son film, de mettre en forme son idée. C’est une relation très intime qui dure plusieurs mois et qui demande de faire preuve d’empathie. 

On est là pour assembler le film de quelqu’un d’autre. C’est tout l’intérêt ET la difficulté de ce métier. Il faut savoir proposer sans imposer.
Cela donne lieux à de longues discussions, parfois à des débats houleux et, heureusement, à des rires. Il faut savoir être force de conviction et inspirer confiance.

 

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Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

 

Comme je le disais, j’étais d’abord musicien, guitariste pour être plus précis. J’ai joué dans un groupe, fait quelques concerts et le conservatoire.

A la base, je souhaitais m’orienter vers un métier technique comme ingénieur du son par exemple. Puis j’ai découvert le montage dans cette école de cinéma et j’ai tout de suite accroché.

Les monteurs aiment souvent la musique car le montage leur permet de raconter une histoire en respectant une notion de rythme. Les sensations sont similaires.

 

 

Quelle formation recommandes-tu pour devenir monteur ?

 

A l’origine, le métier n’était pas si technique. Il y a 15 ans, on montait encore aux ciseaux et au scotch pour la pellicule. Ce n’était pas très compliqué.

Mais l’arrivée des ordinateurs a changé la donne avec la création de logiciels complexes permettant d’aller vite mais confrontant le monteur à de nouvelles problématiques informatiques.

Se former à ces logiciels est fondamental. C’est ce que moi et d’autres monteurs apprenons à nos élèves dans le cadre de la formation continue “Montage - De la technique à l'artistique”.

J’y enseigne pour ma part les grands logiciels (Avid, Premiere Pro) ainsi que le traitement du son en montage et les aspects narratifs.

Le stage dure une quarantaine de jours, ce qui laisse suffisamment de temps aux stagiaires pour être opérationnels. Le matin est consacré à la théorie et l’après-midi au montage d’un petit reportage, clip ou film.

 

 

À quel salaire peut prétendre le monteur et quelles sont ses perspectives de carrière ?

 

D’une manière générale, le salaire en intermittence est de 259€ jour minimum pour le chef monteur en télévision et de 1763€ la semaine pour le cinéma. Cela peut varier à la hausse comme à la baisse suivant le projet et sa propre réputation bien sûr.

En ce qui concerne les perspectives, la télévision est le médium le plus pourvoyeur d’emplois puisqu’elle diffuse beaucoup d’émissions (télé réalité, divertissements, reportages nécessitant parfois 10 monteurs ou plus !).

L’avantage du monteur est qu’il a plus de travail que la plupart des autres intermittents du secteur. Il doit le plus souvent travailler plusieurs jours pour une mission. 

Il y a aussi un turnover assez important qui assure un flux équilibré d’entrées et de sorties de monteurs sur des projets.

Mais il y a bien d’autres opportunités que la télévision à présent avec les réseaux sociaux et les entreprises qui ont besoin de beaucoup plus de matière vidéo qu’il y a 10 ans. Ce sont des niches porteuses parfaites pour démarrer.

 

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As-tu un fait marquant à nous partager ?

 

L’histoire de Day by Day, le documentaire que j’ai mentionné plus haut, est assez incroyable. 

La volonté initiale du réalisateur était de présenter un chanteur africain, reconnu pour son engagement politique, et de filmer la préparation de son nouvel album. Le documentaire devait donc avant tout parler de musique et, dans une certaine mesure, de politique.

Au bout d’un mois de montage, on apprend dans Libération que la maison du chanteur a été bombardée par l’armée. Sans hésiter, le réalisateur a décidé de repartir en Afrique pour avoir de nouvelles images.

Le documentaire original a été complètement bouleversé et est devenu un film sur le combat politique d’un artiste. 

C’est aussi l’un des gros atouts du métier de monteur. Rien n’est réellement figé, on peut toujours être surpris.

 

Le quotidien est plein de magie et de sujets que l’on doit traiter alors qu’on ne les connaissait pas il y a deux semaines.
Par exemple, je suis en train de monter une publicité pour des cuisines
et je travaillerai dans deux mois sur un documentaire présentant un cirque dans la jungle amazonienne.

 

 

Si tu devais donner un conseil à un futur monteur vidéo ?

 
FAIRE, FAIRE ET FAIRE.
 
Peu importe le prix ou le sujet, il faut participer à des films, aller sur des tournages et rencontrer des gens du métier, être curieux.
C’est un métier presque artisanal. Il faut donc beaucoup d’expérience et de pratique. La théorie ne suffit pas, il faut mettre les mains dans le cambouis !
 
 
Un grand merci à Julien Schickel pour sa disponibilité et la franchise de ses réponses.
 

Publié le 4 mars 2020

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