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Animation de personnages 3D : des experts témoignent

Animation de personnages 3D : des experts témoignent

Professionnelle de l’animation depuis plus de 25 ans, Giusi Marrone coordonne le programme de GOBELINS dédié à l’animation des personnages 3D.

Nous lui avons posé 9 questions pour comprendre sa passion et en savoir plus sur ce métier pour lequel elle a contribué à le faire évoluer.
 

Giusi Marrone

 

Giusi, peux-tu nous dire ce qu’est un animateur de personnage 3D ?

Un animateur de personnage 3D est un professionnel du cinéma d’animation 3D spécialisé, comme son nom l’indique, dans l’animation des personnages.

Il travaille généralement sur du long-métrage, des séries pour enfants, de la publicité ou des jeux-vidéo et le plus souvent au sein de grosses entreprises.

Être animateur de personnage 3D nécessite de posséder des compétences très spécifiques pour fournir un travail de haute qualité.

C’est pour cela que l’on rencontre souvent des animateurs qui étaient auparavant des graphistes 3D avec un profil généraliste et qui ont du, pour y arriver, se spécialiser par la formation.

 

Tu as connu les débuts de l’animation 3D. Quel est ton parcours ?

J’ai débuté en Italie en 1990 en suivant une formation de graphiste 3D de deux ans.

Puis, je suis venue travailler en France. J’ai eu la chance de démarrer avec Insektors, une des premières série d’animation en full 3D destinée à la télévision et diffusée sur Canal+ de 1994 à 1995. 

Cette façon de faire était très nouvelle. On formait des équipes d'une vingtaine d’animateurs pour réaliser des épisodes de 13 minutes. C'était très intense et formateur.

La série a même été récompensée par un International Emmy Award dans la catégorie “Meilleur programme pour la jeunesse” et par le premier prix Imagina dans la catégorie “Animation 3D” en 1994.

C’est grâce à ce projet que je suis entrée dans le monde de l’animation. La possibilité de développer des personnages pour une série, de leur donner de l’épaisseur dans le temps, de les rendre vivants, c’est ce qui m’a vraiment convaincue de faire ce métier.

 Générique de la série "Insektors - Fantôme"

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Notre question à Jean-Claude CHARLES, intervenant pour le stage intensif GOBELINS Animation de personnages 3D

Qu’est-ce qui a changé dans l’animation depuis tes débuts dans les années 80 ?

L’arrivée de l’ordinateur a vraiment bousculé la production, particulièrement durant les années 90. Celles et ceux qui sont passés au numérique à cette époque était des pionniers des images de synthèse. Les profils étaient rares sur le marché.

Il y avait une vraie volonté d’accélérer les différentes étapes, d’animer toujours plus vite, parfois au détriment de la qualité car nous n’avions pas encore les bonnes méthodes.

De nombreux studios 2D ont fermé suite à cela, la fermeture la plus emblématique étant celle des studios traditionnels de Disney.

Aujourd’hui, la 2D fait un retour en force avec des productions hybrides et il devient même difficile de savoir distinguer 2D et 3D dans certains films.

Le film “Ernest et Célestine” est un excellent exemple de production hybride réussie, réalisé en 3D à partir de la 2D.

Voici un autre bon exemple d’animation réalisée grâce au Grease Pencil de Blender. Le dessin y devient un véritable objet manipulable en 3D, c’est bluffant :

C’est pour cela que les jeunes qui sortent de l’école doivent maintenant maîtriser l’animation traditionnelle et l’animation par ordinateur avant de se spécialiser (marionnettes 3D, motion capture pour l’hyper réalisme, rigger, spécialistes “Hair”...).

Lorsque j’ai débuté dans la 3D, il y avait beaucoup de logiciels différents (Explore, Softimage, Alias, Thomson Digital Image, 3ds Max…). Il était très compliqué de se reformer lorsque l’on changeait d’entreprise.

Puis les logiciels ont été rachetés au fur et à mesure et c’est Maya qui domine à présent le marché. Blender propose toutefois une alternative libre très intéressante et s’impose doucement mais sûrement chez les animateurs 3D.

L’animation japonaise a également beaucoup apporté au secteur en termes de style et de production. Le cinéma japonais a un fonctionnement très économique tout en étant suffisamment créatif pour proposer de nouvelles façons de filmer.

Le jeu vidéo a beaucoup évolué aussi puisque l’on peut à présent puiser les couleurs directement sur la carte graphique sans réaliser ni calcul, ni rendu. Blender, par exemple, permet de faire du rendu en temps réel.

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Peux-tu nous décrire la chronologie d’un projet type en animation de personnage 3D ? 

Lorsque l’on “fabrique” un film d’animation, on étudie d’abord le storyboard *. C’est lui qui nous permet de comprendre l’histoire et d’avoir un premier aperçu des scènes du film.

On échange également avec le superviseur ou le réalisateur pour comprendre leurs intentions et la direction qu’ils souhaitent donner aux personnages et à l’histoire. 

On prend le temps d’analyser les plans, les enjeux ou encore les motivations des personnages. 

Lorsque l’histoire est claire pour tout le monde, on entame des recherches pour trouver comment traduire ces intentions.

On va par exemple réaliser des croquis et des animatiques et beaucoup nous documenter afin d’élaborer ce que l’on appelle “l’Animation Block”. 

L’animation Block, ou blocking, est une technique d’animation grâce à laquelle on détermine les poses clés des personnages (ou golden poses) qui sont les poses nécessaires pour construire notre plan d’animation. On y inclut les accessoires si les personnages en ont, leurs expressions et leur timing.

C’est à ce moment que l’on commence à travailler sur la machine. Le projet ne peut avancer que si la block animation a été validée par le réalisateur et le superviseur d’animation.

La seconde phase est celle du “refine”, ou "spline", durant laquelle l’animateur travaille ses animations image par image afin de vérifier la qualité des courbes, le timing, ainsi que la fluidité des mouvements. On réalise également le lipsync à cette étape.

Enfin, on termine avec le “polish”, ou "clean",  en peaufinant les petits détails afin d’augmenter la qualité de l’animation.

* Pour en savoir plus sur le métier de storyboarder, découvrez notre interview de Rémy Brenot, storyboarder professionnel et intervenant à GOBELINS

 

Quelles sont tes influences ?
Comment trouves-tu l’inspiration pour tes personnages ?

Lorsque l’on est animateur, avoir une solide culture générale est impératif. On doit pouvoir s’inspirer de films live ou d’animations mais aussi de bandes dessinées et de réalisateurs aux styles différents pour en capter les subtilités et enrichir son imaginaire.

Les festivals sont également l’endroit idéal pour découvrir des courts-métrages du monde entier qui sont des concentrés d’inspiration et qu’on ne verra probablement pas ailleurs !

Aimer le dessin et pratiquer régulièrement est aussi important. Les animateurs débutent très souvent un projet par des croquis. 

C’est pour cela que la formation que j’anime comprend des cours de croquis avec modèles afin de permettre aux étudiants d’être à l’aise avec le corps humain et de comprendre l’anatomie pour pouvoir créer des poses claires et les imaginer plus facilement.

Pour revenir aux influences, je citerai d’abord l’animation japonaise qui est très inspirante. Les Japonais savent fabriquer des films d’animation pour les adultes, ce qui est rarement le cas en Europe.

Les films du studio Ghibli m’ont, bien sûr, beaucoup marquée. J’ai vu Totoro, Porco Rosso ou Nausicaa des dizaines de fois (rires).

Dans un tout autre registre et plus près de nous, j’avais adoré Le Moine et le poisson de Michaël Dudok De Wit,  un court-métrage de 1994 qui avait gagné plusieurs prix à l’époque. Un pur moment de bonheur en animation.

Plus récemment, j’ai été très impressionnée aussi par J’ai Perdu Mon Corps de Jérémy Clapin. 

Une histoire très émouvante où tout est réuni pour ce petit moment de bonheur : l’histoire, la musique, le mouvement de caméra, les personnages et enfin l’animation de la main qui n'aurait pas été possible avec un autre moyen cinématographique.

Bande annonce de "J’ai perdu mon corps" de Jérémy Clapin

Quelles compétences faut-il pour être animateur de personnage 3D ?

D’un point de vue technique, il faut bien sûr connaître les principes de l’animation (qui sont les mêmes pour la 2D, 3D et la pâte à modeler) ainsi que les logiciels 3D. Mais la technique ne suffit pas pour durer dans le métier.

Il faut avant tout être créatif, patient et passionné car c’est un travail long et qui demande un sens aigu du détail, de la minutie. On passe parfois des jours entiers pour animer une poignée de secondes.

Avoir un bon sens de l’observation est aussi de rigueur. Cela permet à l’animateur d’imaginer des histoires à partir de postures ou de situations. Il faut être curieux de l’humain.

 

Quels sont les nouveaux défis pour les animateurs 3D d’aujourd’hui ?

L’animation 3D s’est largement démocratisée en l’espace de 20 ans et devient, d’une certaine façon, victime de son succès. 

C’est particulièrement vrai pour les séries pour lesquelles on demande aux animateurs de produire de plus en plus d’animations chaque jour.

Les logiciels permettent d’assurer la quantité mais la qualité doit être savamment dosée ! 

 

Tu es Responsable d’une des formations de la filière “cinéma d’animation” pour les jeunes à GOBELINS. Peux-tu nous en dire plus ? 

Il s’agit d’une formation intensive d’un an à temps plein, très axée sur la pratique et dispensée sur notre Campus d’Annecy.

Les élèves démarrent leur année scolaire en septembre jusqu’au Festival d’Annecy en juin puis enchaînent avec un stage en entreprise durant l’été pour, enfin, passer devant un jury en septembre.

Mon objectif est que les élèves puissent consolider leur bases d’animation en démarrant avec les body mechanics (transferts de poids, lignes d’action…), puis monter en qualité et subtilité en abordant l’acting (expressions faciales, émotions, lipsync…), tout en découvrant différents styles d’animation comme le cartoon, le réaliste, les quadrupèdes.

L’année scolaire s’articule autour de dix exercices pratiques d’une durée d’un mois chacun environ et tous encadrés par des professionnels de l’animation qui les accompagnent tout au long de leurs différents modules.

Ces exercices, mis bout à bout, permettent aux étudiants de créer ce que l’on appelle un showreel, ou bande démo. 

Le showreel est un montage audio et vidéo d’environ deux minutes qui rassemble les meilleurs  travaux de l’étudiant. C’est l’outil principal de l’animateur 3D dans le cadre de sa recherche de stage pour l’été. 

C’est aussi de ce programme pédagogique que découle notre formation à l’animation de personnages 3D destinée aux professionnels.

Les formateurs y accueillent également des personnes en reconversion professionnelle. 

C’est un stage intensif de 49 jours jours divisé en quatre modules : les fondamentaux de l’animation, les body mechanics, le workflow et l’acting/lipsync.

Chaque module est soutenu par des exercices préparatoires réalisés hors des heures de cours. Il faut donc être très motivé ! 

L’objectif est que les stagiaires maîtrisent les principes du logiciel Maya et de l’animation en général à l’issue de la formation. Il leur revient de beaucoup pratiquer par la suite afin d’augmenter leurs chances d’employabilité.

 

À quoi ressemble le marché à la sortie ?
À quel salaire peuvent prétendre un junior et un sénior ? 

Nous avons la chance de vivre dans un pays où le marché se porte plutôt bien, encore plus dernièrement grâce aux différents prix et nominations obtenus par “J’ai perdu mon corps” aux Césars, aux Oscars et au Festival d’Annecy.

Les étudiants trouvent donc assez rapidement du travail dans l’animation cartoon ou semi-réaliste au sein de studios français ou internationaux aux productions reconnues. 

Celles et ceux qui préfèrent les effets spéciaux iront plutôt s’installer en Grande-Bretagne où les VFX (effets visuels) sont plus développés.

Il y a également beaucoup d’offres à Montréal.

D’un point de vue salaire, la rémunération d’un animateur junior est encadrée par une convention collective et s’élève à 115 € brut / jour.

Le salaire des seniors se situe généralement aux alentours des 200 € / jour.

 

Si tu avais un conseil à donner à un futur animateur 3D ?

Je l’ai déjà dit plus haut mais nourrissez-vous de tout ! Forgez-vous une solide culture générale et artistique. Soyez sensible, curieux et passionné.

L’animation n’est pas un métier de technicien. Pour chaque projet, on a besoin d’idées nouvelles qui l’emporteront souvent sur la technique. 

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Vous souhaitez en savoir plus sur nos formations : 

Formations catalogue :
Lucette Berbinan - 01 40 31 41 33  ou demande d'infos

Formations sur mesure / Intra
Laetitia Denoyelle : 01 40 79 92 25  ou demande d'infos

 

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Et en bonus ... 

1 - ANIMA PODI  GOBELINS, 1ère école en ligne gratuite en animation

2 - ANIMA PODI : teaser du MOOC dédié à l'animation 3D de la e-académie de GOBELINS

 

  • Extraits d'exercices des étudiants GOBELINS "Animateur de personnages 3D" 

 

3 - Rencontre avec Kristof Serrand dans le cadre de l’école d’animation en ligne ANIMA PODI. 
     Superviseur et Directeur de l’Animation chez Dreamworks

 

 

Publié le 7 septembre 2020

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